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29.05.2008
La possibilité d'une île
Philemon se réveillait plusieurs fois, il est malade, je le sentais bouger et je sortais toujours du même rêve, décliné trois fois, une île aux rochers blancs - j'ai pensé ce matin aux Rivages des syrtes et à Beau travail de Claire Denis (les deux m'ont toujours semblé bizarrement liés) - j'y étais avec ma mère, quelque fois mon père et ma soeur, nous changions de maisons, en portant nos affaires sur de longues routes de pierres blanches sous le soleil vertical, fort, sans ombre et apprenions que l'île était isolée du reste du monde, entourée d'hommes avec des fusils qui ne nous laisseraient pas en sortir et abattraient quiconque essairait. L'île allait sombrer, nous le savions tous et je vivais dans cette attente du naufrage, en me demandant si je ne ferais pas mieux de me suicider plutôt que d'attendre que les éléments me submergent (j'ai toujours détesté l'eau et ses jeux sournois pour me tirer au fond). Je voyais cent fois l'île tomber, un pneu crevé qui a perdu le pouvoir de flotter, pliée en deux comme un livre qui se referme et nous au milieu, écrasés, noyés, perdus.
Dans une autre version, mon père nous disait de tenter la fuite, à travers tous ces militaires qui tiraient à vue. Nous n'avions pas beaucoup de chances de nous en sortir mais c'était toujours quelque chose à faire pour rompre l'attente. Ma mère ne pouvait pas venir avec nous parce qu'elle ne rampait pas assez vite. C'était la version du matin, celle que je contrôle un peu, avant l'éveil, que je déforme pour me donner une chance de me réveiller autrement qu'impuissante face aux ténèbres.
Partout, la disparition.
Aujourd'hui, je sens le poids de la mort sur moi. J'ai pensé à toutes ces "catastrophes naturelles"(une vie naturellement catastrophique) et cette impression que tout ca ne peut être qu'une blague, que les enfants qui meurrent sous les décombre d'un village chinois ne peuvent être que des figurants dans ma vie parce que comment pourrais-je vivre comme je le fais si toutes ces existences (et ces fins d'existence) sont concomittantes? La seule réponse possible serait que ma vie est plus importante que les leurs? Ce hasard, cet arbitraire, ca rend complètement cinglé, je me demande quel sens on peut faire semblant d'insuffler dans ce règne général du n'importe quoi (en même temps, c'est assez pathétique de ramener cette histoire à l'image du monde simplement parce que j'ai expérimenté cette nuit ma propre disparition).
Sinon, La douleur de Manfred de Robert Mcliam Wilson, chez Christian Bourgois (ca fait toujours plaisir), cette semaine. Pendant longtemps, je n'ai pas lu les livres d'un auteur mais maintenant que les choses se recoupent - ca devait bien arriver un jour - et que je peux dire que par le plus grand des hasards, j'ai lu la plupart des livres d'un auteur, je m'amuse à voir leurs petites obsessions s'inscrire de l'un à l'autre. Chez RmcLW, il y a une idée assez obsessionnelle de la création de richesses, alors que ce n'est ce qui prime dans ses histoires au premier abord, avec la présence obligée d'un personnage, un petit malin, qui possède la qualité fondamentale (et souvent unique) de faire du fric. Et d'une certaine manière, ca determine beaucoup plus de chose dans sa littérature qu'on pourrait le croire : l'obsession de Tapper pour les juifs et les arabes, la judaité de Manfred, sa profession (comme dans Eureka Street, le personnage principal doit venir réclamer aux plus pauvres le dû d'un autre)... Je crois qu'on peut dire que l'auteur a une lecture économique du monde et de ses échanges et que ca le fascine tout en le mettant mal à l'aise. Il présente un héros sensible au coeur d'un système. D'où l'organique aussi, les désordre du corps, chez les pauvres, chez les vieux et l'apparition de l'amour (hors norme, en dehors du monde et de ses bases solides). J'attends de voir ce qu'il va en faire (je n'en suis qu'au milieu) mais je suis vraiment impressionnée...
(oulala, là j'allais commencer un paragraphe sur la raison pour laquelle Houellebecq a sa place dans la littérature fraznçaise contemporaine - il a même le champ libre - mais je vais tranquillement me dégonfler)
11:37 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mcliam wilson, manfred, île
27.05.2008
Le visage livre
Mais que fait-on quand des connaissances du lycée vous recontactent par le visage livre? On rejette leur amitié? On nie leur existence?
Bon, à Cannes, (à la place de vous faire un compte rendu des films, je vais vous raconter une anecdote sans importance car j'ai le sens des priorités vissé au crâne), sur la longue route qui me ramenait dans ma villa avec piscine après quatre coupes de champagne et deux cigarettes données avec un regard ravageur à Bono et Sean Penn (bon je n'aime pas U2, et je trouve que Sean Penn tourne mal)(mais en vrai, il est quand même sexy même si plein de rides)(Arrête la cigarette Sean), nous nous ennuyions, mes talons, le bitume et moi. J'ai appelé tout mon répertoire. Mes amis d'abord, puis les copains, pour finir par le moindre nom même pas enregistré dans sim mais seulement dans la petite boîte. Heureusement, je n'ai eu personne, mais j'ai laissé des messages à tout le monde!
Tout ca pour pointer que lorsque ces gens m'ont rappelée à leur tour, je savais parfaitement pourquoi nous ne nous étions pas vus depuis des lustres (Paris rend sobre).
Alors le lycée, vous pensez...
Bon, pour les rares personnes que ca interesse, j'ai beaucoup aimé Le conte de Noel, Hunger (qui passait dans la sélection Un certain regard et qui a obtenu la Caméra d'or) avec une scène dialoguée époustouflante et... ben, c'est tout.

Beaucoup de films de la selection (debuts difficiles) et j'ai fait l'impasse cette année sur la quinzaine des réalisateurs, qui est souvent l'endroit où je vois les films les plus intéressants. Sur ma liste : Bonello, Kurusawa, Claire Simon.
19:04 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note


