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23.11.2007
(titre)
La longue descente, une heure de marche le matin, jupe courte, jambes froide, je prends le grand escalier qui fait ressembler ce quartier de Paris à une maison. J’aime vivre sur une colline, même si je râle sans cesse quand je remonte à vélo, ça me rappelle mon petit village (quand reverrais-je, hélas ?). Mon père m’a écrit comme on écrit aux grandes filles, pour confier ses histoires d’adolescent. Il pleure tous les matins, ce qui est très difficile à imaginer (je lui ai demandé : y aurait-il un cœur sous ce visage de pierre ?) et me dit qu’il est un séducteur, qu’il n’a été heureux qu’avec ma mère, à cette époque où nous descendions tous les quatre la colline pour retrouver la petite maison sur deux étages, le potager et le cerisier, les têtards dans le puits, Oswald, le coq en pension de l’autre côté de la route dont la vie était rythmée par les ouvertures de la pêche (mon père venait alors le dépouiller de ses plus belles plumes pour réaliser minutieusement des mouches avec des fils de toutes les couleurs, de la colle forte et des pinceaux, sur la terrasse). Les volets verts, l’escalier en granit, les couchers de soleil et le piano.
« Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine »
(mon cœur s’est toujours brisé sur ce vers-là)

17:15 Publié dans Herbier | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
12.11.2007
Mon bel amour, ma déchirure...
... je te porte en moi comme un oiseau blessé.
Les mots me reviennent à l’esprit, rien d’important. Aragon, les gens autour de moi le méprisent, quelqu’un une fois m’a raconté sa mort avec les mots d'un vieux de la vieille à qui on la fait pas sur cette sale engeance – les écrivains. Un ton de posture commun, quand on sait de quoi il en retourne (il suffit de lire le blog de Raphaël Sorin). Mais je ne connaissais pas l’ironie, le prêchfaux du vrai. Personne ne parlait d’Aragon jamais autour de moi et comment cela aurait-il pu être un poncif que de l’aimer ?
Il est difficile d’entendre la langue des initiés (puis on vieillit).
Mais ce n’est pas ce qui me revient précisément, « et si tu continues de te taire, ce sont les pierre qui vont pleurer, je te porte en moi, comme un oiseau blessé », le leimotiv d’un héros de Marie-Aude Murail (MAM est revenu par la petite porte dans ce blog il y a quelque temps et pourquoi ne devrait-elle pas s’installer un petit peu, on aime bien sa tête à rap). Une simple poésie d’un type qui voulait embrasser une tanagra (là, j’ai écarquillé les yeux) qui aimait trop Paolo Conte. Je voulais parler de ces phrases qui restent dans l’oreille, celles des films, vus cent fois, ou celle des livres, plus diffuses, dont on s’aperçoit qu’on ne peut les prononcer parce qu’en définitive, ces mots n’ont jamais été dit et qu’on est incapable de trouver l’exact agencement des lettres jusqu’à l’audible.
C’est ce qui m’arrive avec le titre du livre de Philip Forest qui est entre mes mains. L’ex-dilettante m’a prêté L'Enfant éternel et un autre livre avec des A, un I, un S et un G. Saragrina ? Sagrarina ? J’ai un indice, ça veut dire « cependant » en japonais. Papilhomme (un repère de bloggeuses sexy, chez moi) connaissait.
Je n’aime pas beaucoup la littérature contemporaine française, je m’en méfie, les romans sans récit, la paresse folle des uns et des autres, c’est presque plus énervant quand le livre pourrait être bon. Mais L’Enfant éternel, c’est tout ce que je n’aime pas que j’aime chez lui. L’histoire de l’enfant, on ne peut rien en dire, sauf que c’est triste à pleurer, et que Pauline hante mes jours.
Mais j’ai fondu surtout pour l’amour de la littérature, l’analyse de Hugo, celle de Mallarmé, juste, fondée, même si l’accroche avec le récit est laborieuse. L’impression de substance, de réflexion, de travail intellectuel, qui me manque souvent aujourd’hui. J’aime l’universitaire dans l’écrivain (youf, je pourrais me faire crucifier pour une assertion pareille!), j’aime qu’il ait des choses, plein de choses à dire.
J’ai même fermé les yeux sur cette haine bancale des gens qui ne comprennent pas, stérile, presque dérangeant au milieu de tant de belles choses.
Et il me semble dans les quelques pages de Sa…, que tout ce que je n’aimait pas dans L’Enfant éternel n’existe plus et que je n’ai qu’à me laisser aller dans ce monde de rosée
(cependant).
19:20 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sorin, philippe forest, marie aude Murail


