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31.08.2007
Contours
Smoking croisé,
Je vais poser ma question autrement : c'est quoi un écrivain, pour toi ? Tu peux répondre en citant des noms, mais pas seulement. Brosse-moi le portrait de ce qu'est un écrivain, pour toi ? Et un lecteur ? C'est une question qui m'a été posé, il y a 20 ans maintenant, à la suite de la publication de mon livre. Je pensais alors, et pense encore, que c'est une bonne question. J'avais envie de la soumettre à des gens d'une autre génération, entendre ce qui pouvait en sortir.
Faites un effort, dessinez-moi un écrivain s'il vous plaît.
F La Cadillac, les jolies filles et le chocolat
La cadillac,
Cette question me pose un problème, c’est évident. Tu te rappelles lorsque Morphée a passé ces entretiens pour son boulot et qu’on lui a demandé pourquoi le cinéma, quelle était son histoire et qu’à l’époque, j’ai trouvé ça fou de demander quelque chose de si personnel dans un entretien, et surtout de savoir y répondre. Evidemment, Morphée avait une idée précise de son rapport au cinéma.
J’ai commencé à me poser des questions à ce sujet, ce que je répondrais à cette question (je sais que nous sommes loin de notre point de départ mais je te fais l’historique). Dans des conditions de stress, en particulier, il faut une histoire bien ficelée. Si tu es logique avec les implications de la question, il faut raconter, une histoire toute personnelle, comment les livres sont devenus la littérature, ce qui implique la conscience d’une certaine fabrication, d’un savoir-faire, de mises en place d’indices de littérature. Il faut voir les rouages. Et comprendre que quelqu’un les a mis en place.
On en discutait avec Philémon parce qu’il m’avait prêté ses livres d’enfances, les livres qu’il a écrits à partir de dix ans, dans ses petits cahiers, et qui sont tellement drôles. Parce qu’il sont une imitation, une parodie involontaire des auteurs qu’il lisait à l’époque. J’ai lu ça aussi chez Stevenson, sa quête du style en plagiant celui des autres, pour en comprendre les subtilités et créer à partir de ça.
Philémon a tout de suite voulu être le créateur des histoires qu’il lisait, il a voulu comprendre comment ca se faisait. Il a voulu exister face aux livres.
Je ne crois pas faire partie de cette race, je n’ai jamais compris qu’il existait des écrivains. Il n’existe que les livres. Je suis une lectrice qui reçoit et ne se pose pas beaucoup de questions. Je le vois bien au manque d’ordre dans mes lectures. Je ne recherche pas l’évolution d’un écrivain, je n’aime pas spécialement lire tous les livres d’un auteur. Je n’essaie pas de comprendre et je lis au hasard. J’aime véritablement qu’un livre me tombe dans les bras.
Mais d’une certaine manière, parce que je lis beaucoup, un réseau de sens se fait jour malgré moi et mon bordel. Je reconnais les artifices, en particulier quand les livres ne sont pas réussis.
Crise de nerfs, à la relecture de Eureka Street de Robert Mc Liam Wilson (Balthazard m’a dit que c’était un chef d’œuvre, je me suis demandée si j’étais passé à côté il y a dix ans). Ce n’est pas même le chef d’œuvre qui était à sa portée.
Et surtout, je reconnais l’existence des écrivains par défaut. Lorsque les écrivains n’existent pas, que je ne comprends pas comment ils font, que je ne vois pas leurs ficelles, qu’ils semblent dépassés de loin par leur œuvre et qu’ils accèdent au génie (en vrac, Nabokov m’a fait cette impression très fort dans Ada, et Dostoievski, sans aucun doute dans Les frères Karamazov, et aussi dernièrement Toni Morrison, que je commence à vraiment admirer, les derniers livres de Stevenson, mal connus, les meilleurs). C’est bien que dans les autres lectures, de livres souvent tout à fait bons, je sais très bien où est l’auteur, n’est-ce pas ?
Mon image de l’écrivain est une image en creux, qui n’existe que lorsqu’elle est absente.
Certaines personnes voudraient écrire les livres qu’ils lisent, moi, je voudrais les vivre.
Je me demande quelquefois pourquoi je ne suis pas un écrivain et je sais que je ne pourrai pas troquer mon univers magique de lecture contre une confrontation concrète avec le matériel, avec les mots et la grammaire. Je me sens dans la peau d’Anaïs Nin (une peau moins belle pourtant, moins éclatante) qui sait que son journal l’empêche d’écrire et qui ne peut se détacher d’un rêve, que sa vie soit un livre pour de bon, qu’elle se vive ailleurs (je suis fascinée par ce journal en ce moment). Quelquefois, je pense que c’est dommage parce que c’est un domaine où je ne suis pas trop paresseuse, j’aime la difficulté des textes. Ils m’obligent à une certaine rigueur. Mais il faudrait que je n’ai plus besoin de béquille et qui a le courage de vivre en éclopé ?
(les artistes)
Smoking croisé
12:00 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
14.08.2007
ERRATUM
Toutes nos excuses à notre aimable lecteur. A la note précédente, il s'agissait de Al Pacino dans L'épouvantail de Jerry Schatzberg et non dans Serpico de Sydney Lumet.
16:16 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
13.08.2007
Questionnaire littéraire
Un cadeau de Berlin Belleville!
Quatre livres de ma jeunesse :
Sans nul doute, absolument tous les livres de la Comtesse de Ségur, lus et relus, même les Deux nigauds, même Après la pluie le beau temps, même Pauvre Blaise (et pourtant, c’est de la CdS de deuxième zone) Dans le trio de tête (je sens l’hystérie naissante à l’idée de me replonger dedans) :
Le recueil de contes dont Blondine
Les petites filles modèles suivi des Vacances (cette histoire de Robinson Crusoe me rendait totalement marteau)
Et bien évidemment, le plus chéri, Les malheurs de Sophie
Ca fait rétrograde et très fille mais je m’en fich(ini !). J’ai longtemps cru à toutes les archaïques méthodes médicales employées (saignées, sangsues), jusqu’à penser qu’une ceinture en soie pouvait me protéger de la foudre !

Deuxième série adorée de mon cœur, eh oui, je nomme L’étalon Noir, de Walter Farley avec toute ses déclinaisons improbables, comme le retour de l’étalon noir en Arabie Saoudite (on apprenait que son premier nom était Shaïtan, putain de dieu). Vous ne m’en voudrez pas de saisir ma chance et d’ajouter le terriblement déprimant Black Beauty, où l’histoire du cheval comme métaphore de l’aire industrielle et la saga, ma foi, d’un niveau littéraire un peu plus élevé, des Flicka. Climax pour L’herbe verte du Wyoming avec émois adolescents et luttes fratricides… Un oubli impardonnable, la formidable et authentique chevauchée du dernier descendant des Omeyyade et de la plus blanche des jument dans le désert avec Le prince d’Omeyya
Je sais bien que je triche fondamentalement à ce questionnaire littéraire, puisque j’en suis à sept livres bien tapé mais mes trois derniers choix vont vers la collection Bouquins – Robert Laffont, compagnon idéal des étés à Frontignan pour une gamine à la peau de rousse avec les aventures du professeur Challenger de Conan Doyle, qui m’ont totalement fascinée, suivie de près par Robert Louis Stevenson (L’ile au trésor, enlevé, le Maitre de Ballantrae…) et les étranges aventures de John Carter de Mars de Edgar Rice Burroughs


Putain, en lisant les questionnaire des autres, il faudrait que je rajoute dix pages parce que tout de même Judy Blume, Jack London, Sans-atout (j’avais presque oublié que ca existait Sans Atout !) et Marie-Aude Murail (tête à rap !)…
Quatre écrivains que je lirais encore et encore :
Sans doute Dostoïevski, parce que ni la première, ni la deuxième, ni la troisième fois ne suffiront.
Henry James, parce que selon mon état, je trouve des éclairages différents, toute une palette subtile, à ses descriptions. C’est un écrivain mystérieux.
Salinger, même si pas grand-chose à se mettre sous la dent, parce qu’il me fait rire, toujours.
Jane Austen, peut-être. J’essaie de ne pas me défiler en noircissant la page d’écrivains que j’adore et que je relirai bien évidemment. Ces quatre-là, je me sens à l’aise avec eux, parce qu’il représente une certaine idée que je me fais de la littérature.
Quatre écrivains que je ne lirais plus :
Je ne vais pas parler des écrivains que je n’aime pas, ce serait trop facile et je n’ai vraiment pas envie de rouvrir le chapitre Bret Easton Ellis. Mais voilà, il y a des auteurs, je les ai aimé, quelquefois énormément, mais maintenant, je ne trouve plus rien à leur dire…
Oscar Wilde, j’ai aimé à la folie ses formules, ses sandwiches au concombre, ses jeux de masques, mais c’est fini, je n’ai plus envie de lui (je sauve De profundis et Salomé)
Théophile Gautier, pour des raisons assez proches de celles d’Oscar Wilde, avec de moins vifs regrets.
Thackeray, parce que La foire aux vanités, que j’ai aimé et qui m’a fait rire, m’a suffit. Le ridicule social, boursouflé, la caricature, m’ennuie un peu.
J’aurais dit Emmanuelle Carrère, parce que déçue de La Classe de neige et de La Moustache. Je trouve qu’il ne se foule pas, il s’arrête quand ça commence à devenir intéressant, la flemmasse. Mais son dernier livre… je me laisserai tenter, je pense…
Et puis, ca n’a plus rien à voir mais en définitive tout le moyen âge, parce que franchement, qui a envie de se taper Le jeu de la feuillée ou une quelconque chanson de geste ? (je sens dejà ceux qui vont crier pour Villon et les romans arthuriens, soit)
Quatre livres à emporter sur une île déserte :
La princesse de Clèves de Mme de Lafayette, Ada de Nabokov, Olala de Stevenson et Le vicomte de Bragelonne de Dumas. Rien d’utile quoi (le Vicomte est censé m’achever).
Quatre livres sur ma pile :
L’homme dont toutes les dents étaient exactement semblables, de Philip K. Dick, un de ses roman main-stream
Rossinante reprend la route, de John Dos Passos
La chartreuse de Parme de, merde, vous savez…
Voyage au bout de la nuit (depuis 258 ans) de Céline
Je propose une autre catégorie : Les quatre chef d’œuvre (on vous l’a dit dix fois) que vous refusez de lire (oubli répété/farouchement opposé/rien à foutre)
Et je passe la main à Papilhomme, La cadillac (ouic, ouic), et Abraham, selon leur bon plaisir
10.08.2007
Philémon
Il se lève tard, très tard. Je suis obligée de m’habiller dans le noir.
Il connaît des choses étranges comme les frontières de Paris sous Philippe Auguste.
Il aime la crème hydratante, toute sorte de crèmes en fait. Sans parler des masques à l’argile.
Il met quelquefois un pyjama.
Il ne met pas de façon stricte le couteau à droite.
Il cuisine bien les légumes.
Il a besoin qu’il fasse parfaitement noir pour dormir.
Il ne s’intéresse pas beaucoup à l’achat indispensable d’un moule à charlotte.
Il parle de Bob Dylan souvent.
Il n’est pas un foudre de guerre pour résoudre les problèmes domestiques (du style, la douche qui ne marche pas)
Il fume tous les soirs de l’herbe.
Il a une façon bizarre de dormir le matin sur dos avec un bras au-dessus de la tête qui le fait ronfler doucement alors qu’il s’endort toujours sur le ventre.
Il ressemble pas mal à Matthieu Amalric dans Fin août début Septembre, et à Al Pacino dans Serpico parce qu’il a des grands yeux en amande.
Et je pourrais en dire plus, bien plus. C’est fou les choses qu’on sait sur le garçon dont on partage la vie.

17:51 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Sur le sable
Je viens juste d’aller acheter un pain au chocolat, ce qui n’était déjà pas une bonne idée quand j’avais 15 ans et que je pesais 30kg (alors vous pensez, maintenant). J’ai vu qu’il y avait un problème sur 20six et que toutes les dernières notes ont été effacées sur cette plateforme du diable. J’en ai profité pour sauvegarder toutes celles qui restaient et ça fait tout de même plus de 200 pages. On croirait pas mais si je passais pas mon temps à raconter toute ces conneries, j’en serai au tiers d’un possible Ada.
Ces derniers jours, les bureaux sont vides, autour de moi. Je mange seule, ou alors avec une stagiaire laissée là, qui se révèle être complètement barjo. Plus personne ne pique les Inrockuptibles que je lis tranquillement du début à la fin. Je ne fais pas grand-chose, quoi.
J’ai passé un moment à lire aussi le blog de Neil Gaiman, qui lui est fidèle depuis 2001 (jolie prouesse). Evidemment, c’est plus facile lorsque l’on passe son temps à parler des rééditions de ses livres ou comment le NY Times vous aime à mort. J’ai acheté encore deux de ces formidables Sandman. « Jouons à être toi » narre une histoire complètement hallucinante de Barbie au pays du rêve, j’étais estomaquée. C’est la première fois que je doute de la vacuité de cette poupée.

Bon, puis les volumes feront bel effet sur mon étagère, enfin, celle de Philémon. Car nous habitons ensemble. Je sens que c’est dur pour lui, de devoir se souvenir d’où je mets toutes mes choses et de supporter des tas d’habits par terre dans la chambre. Mais bon, sans moi, sa collection de BD serait nulle alors j’y vois un juste retour des choses. Et je suis sure que c’est la première fois qu’il a du Quinoa dans ses placards.
17:44 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01.08.2007
The end is the beginning is the end is...
Fini le tout dernier Harry Potter la semaine dernière, avec délice et une profonde angoisse. La fin des demis-rêves, des escapades dans l’anglais un peu avant mon anniversaire, de l’attente fébrile depuis que j’ai compris, avec stupeur, que JK n’avait aucune pitié pour ses lecteurs et torturait chacune de leur affection particulière. Je suis assez ravie du sort de mon personnage préféré, le stimulant Severus Snape.
C’est assez étonnant, cet appel vers l’imaginaire, qui voudrait se substituer à cette ennuyeuse vie. Je me demande quel peut être l’intérêt d’entrevoir des choses qui n’existent pas ? Pourquoi est-ce qu’on trimballe partout ces symboles, ces histoires ? En quoi est-ce que cela permet de vivre ?
Mon prof de philo, celui qui laissait toujours un bouton de son Levis ouvert sur lequel je fixais un regard rêveur, nous avait posé la question (à l’époque, je croyais qu’il était Martin Eden). Est-ce que ces mondes imaginaires ne sont pas là pour nous détourner de nos problèmes concrets ? Dans son raisonnement - car l’homme était marxiste - est-ce que les histoires rendent l’oppression plus douce et donc possible ? Je trouvais l’idée révoltante. Mais je me demande aujourd’hui (comment Harry Potter permet à Nike d’exploiter les petits enfants indiens ?- trois parties) ce que la question a de pertinent.
Une autre question en trois parties, est-ce que l’idée de Dieu qualifie l’existence de Dieu ? (Demande à Ciceron)
… et donc est-ce que l’idée d’Harry Potter qualifie l’existence d’Harry Potter ? (Bouh que c’est de mauvaise foi) (Harry, je suis prête viens me chercher !!)
Mais c’est aussi la toute fin des Sopranos et je suis bien obligée de reconnaître que la lecture de Yeats n’a pas fait que du bien à Anthony Jr (rapport à…). Et les polémiques sur le dernier épisode me laisse assez indifférente, je suis convaincu que David Chase a eu la trouille et a raté une occasion formidable. J’aurais personnellement fini la série sur l’avant-dernier épisode, fin subjective avec un plan sur la porte de la chambre de Tony lorsqu’il se réveille (du genre, c’est la dernière image qu’il voit parce qu’il se fait buter dans la seconde)...
12:25 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




